DeLa Division Du Travail Social Wikipdia. Explication De Texte DURKHEIM De La Division Du Travail Social. Emile Durkheim De La Division Du Travail Social Puf. De La Division Du Travail Social 1 / 31. Research Papers In. Sur La Critique De La Division Du Travail Perse. Rsum De La Division Du Travail Social D Emile Durkheim. WikiZero De La Division Du
L'auteur David Émile Durkheim, né le 15 avril 1858 à Épinal et mort le 15 novembre 1917 à Paris, est un sociologue français considéré comme l'un des fondateurs de la sociologie moderne. En effet, si celle-ci doit son nom à Auguste Comte à partir de 1848, c'est grâce à Durkheim et à l'École qu'il formera autour de la revue L'Année sociologique 1898 que la sociologie française a connu une forte impulsion à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Formé à l'école du positivisme, Durkheim définit le fait social » comme une entité sui generis, c'est-à-dire pour lui en tant que totalité non réductible à la somme de ses parties. Cette définition lui permet de dissocier l'individuel du collectif et le social du psychologique, et de fonder logiquement les conditions de possibilité d'une action contraignante de la société sur les individus. Extériorité, étendue et contrainte caractérisent le fait social » cette thèse fit de lui le véritable fondateur de la sociologie en tant que discipline autonome et scientifique. Durkheim est à l'origine de plusieurs termes qui sont aujourd'hui très connus, comme anomie et conscience collective. L'apport de Durkheim à la sociologie est fondamental, puisque sa méthode, ses principes et ses études exemplaires, comme celle sur le suicide ou la religion, constituent toujours les bases de la sociologie moderne. Toutefois, l'apport de son œuvre va bien au-delà de cette discipline et touche presque toutes les disciplines dans les sciences humaines, dont l'anthropologie, la philosophie, l'économie, la linguistique, et l'histoire. source Wikipédia L'œuvre De la division du travail social a été publié en 1893 par Émile Durkheim, sociologue français, considéré comme le père fondateur de la sociologie française. Cet ouvrage, issu de son travail de thèse, est encore aujourd’hui une référence dans le champ de la sociologie. À l’origine de ce texte, une inquiétude – qui parcourra l'ensemble de l’œuvre de Durkheim – sur la cohésion sociale dans nos sociétés modernes en cette période d’industrialisation et d’urbanisation. Durkheim constate, fin XIXe siècle, que les individus sont de plus en plus différenciés, que les consciences individuelles s’autonomisent de façon croissante. Comment, dans ce contexte de montée de l’individualisme, la cohésion sociale peut-elle être préservée ? Dans cette thèse sur le lien social, Durkheim s’attache à répondre à ce questionnement et, dès l’introduction, il avance une amorce d’explication dans le même temps que les individus se différencient de plus en plus, la division du travail progresse et ce, dans toutes les sphères de la vie sociale économie, administration, justice, science, etc.. La spécialisation, la différenciation accrue des individus entre eux les rend de facto interdépendants. La division du travail est en réalité source de solidarité sociale, de cohésion sociale dans le même temps qu’elle différencie les individus, elle les rend complémentaires et c'est pourquoi, selon Durkheim, elle est morale – elle contraint les individus à vivre ensemble. Avec l’accroissement de la division du travail, on assiste à une transformation du lien social et de la solidarité sociale qui accompagne. Source Wikipédia Le texte "Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu'elle soit, sans la désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement ressentis par les particuliers. Mais la morale de chaque société, prise en elle-même, ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu'elle recommande ? Nullement. Agir moralement, c'est faire son devoir, et tout devoir est fini. Il est limité par les autres devoirs ; on ne peut développer à l'excès sa personnalité sans tomber dans l'égoïsme. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-même limité par les autres exigences de notre nature. S'il est nécessaire que certaines formes de la conduite soient soumises à cette réglementation impérative qui est caractéristique de la moralité, il en est d'autres, au contraire, qui y sont naturellement réfractaires et qui pourtant sont essentielles. La morale ne peut régenter outre mesure les fonctions industrielles, commerciales, etc., sans les paralyser, et cependant elles sont vitales ; ainsi, considérer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence. Il peut donc y avoir des excès de morale, dont la morale, d'ailleurs, est la première à souffrir ; car, comme elle a pour objet immédiat de régler notre vie temporelle, elle ne peut nous en détourner sans tarir elle-même la matière à laquelle elle s'applique." Emile Durkheim, De la Division du travail social 1893 "Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit" pour Durkheim la morale n'a rien d'abstrait, il n'y a pas de morale universelle, mais seulement des morales particulières adaptés aux particularités d'un peuple et qui reflètent ces particularités. Il n'y a pas une seule morale, la même pour tous, mais autant de morales que de peuples. Comme disait Pascal, à la suite de Montaigne "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà". Le mot "morale" vient du latin mores et signifie les mœurs, les coutumes, les habitudes. On ne peut pas et on ne doit pas séparer la morale de la vie, des mœurs, des coutumes et des habitudes d'un peuple. La morale n'a rien d'abstrait et on ne peut pas remplacer impunément une morale par une autre "On ne peut pas lui en inculquer une autre, si élevée soit-elle, sans la désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement ressentis par les particuliers" on peut penser aux "conversions forcées" opérées par les missionnaires catholiques en Amérique du Sud, du temps de Christophe Colomb, conversions qui ont été dénoncés par Bartholomée de Las Cases. On peut penser à la colonisation et à l'idée que l'occident allait apporter aux autres peuples "les lumières de la civilisation". On peut penser aussi à la collectivisation forcée des terres en URSS et à la déportation des paysans libres koulaks. La morale confondue avec les mœurs dans les sociétés traditionnelles est très contraignante, vu de l'extérieur, sauf que ces contraintes ne sont pas ressentis par les acteurs qui les trouvent conformes à la nature, sauf si ces sociétés ont connu une ouverture sur l'occident et sont revenus ensuite aux critères d'une société traditionnelle théocratique en l'occurrence comme en Iran. Elle prescrit la façon de s'habiller, les relations entre les sexes, les habitudes et les interdits alimentaires et de façon général les comportements dans les moindres détails. Les individus savent exactement ce qu'il doivent faire selon la place qu'ils occupent dans la société. "Mais la morale de chaque société, prise en elle-même, ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu'elle recommande ?". Nous nous posons une telle question car nous nous faisons une idée élevée de la morale, coupée de ses racines sociologiques. Pour nous, la morale est une affaire de perfectionnement individuelle et non une réalité sociale. Durkheim nous ramène à la réalité telle qu'elle est et non telle que nous voudrions qu'elle soit. La morale n'est pas une affaire de perfectionnement individuel. "Agir moralement, c'est faire son devoir et tout devoir est fini" la société ne nous demande pas d'être parfaits, elle laisse l'idée de perfection morale à la religion, mais simplement de faire notre devoir. La morale, pour Durkheim n'est ni déontologique, à la manière de Kant, bien qu'elle s'appuie sur le devoir, ni conséquentialiste, elle ne cherche pas "le plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre", ni aristocratique, ni hédoniste. La vie n'a pas pour pour le bonheur ou le plaisir comme chez les philosophes de l'antiquité. La morale n'est pas fondée sur le culte de l'individualité, mais elle a un contenu précis et elle consiste à accomplir sa tâche au sein de la division du travail afin d'assurer la solidarité et la cohésion sociale. A une morale individuelle, Durkheim veut substituer une morale collective, fondée sur la solidarité. Durkheim distingue implicitement entre les devoir stricts que nous imposent la société et les "devoir larges" de la religion ou de la charité. Entre les devoirs stricts et les devoirs larges, il ne doit pas y avoir conflit, accomplissement des uns au détriment des autres. Il ne s'agit pas d'un devoir abstrait à la manière de Kant, exprimé à travers des impératifs catégoriques et applicables dans n'importe quelle situation "Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle" ; "Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté être érigée en loi de la nature" ; "Agis de façon à traiter l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne des autres, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen". Peu importe pour Durkheim que l'on ait l'illusion d'agir de façon désintéressée, par pure obéissance à la loi morale, au devoir impératif catégorique ou que l'on agisse par intérêt impératif hypothétique, pourvu que l'on accomplisse son devoir vis-à-vis de la société. Ce devoir n'est pas abstrait et ne s'impose pas d'abord à une conscience personnelle, il a des contenus précis et une dimension essentiellement sociale. Le titre de l'ouvrage de Durkheim dont ce texte est extrait est De la division du Travail social. Se comporter de manière morale, c'est essentiellement collaborer dans la société à sa place au sein de la division du travail qui se développe à l'époque où Durkheim écrit ce texte. Selon lui, l'individualisme induit par la société moderne comporte des germes de désagrégation sociale. Il faut donc remplacer les anciennes solidarités traditionnelles par la solidarité des différents acteurs de la société dans le cadre de la division sociale du travail, l'ingénieur et l'ouvrier par exemple. Durkheim conçoit la société à la manière d'un organisme dont toutes les parties collaborent harmonieusement à la survie et au maintien du tout. Cette conception diffère de la vision marxiste d'une société divisée en classes sociales antagonistes. Note La division sociale du travail existe à l'intérieur des sociétés aussi bien humaines qu'animales chez les abeilles et les fourmis par exemple. Elle constitue l'un des principes fondamentaux de leur organisation. Publié en 1893, La Division du travail social étudie la répartition des activités productives, entre des groupes spécialisés dans des activités complémentaires. Pour Émile Durkheim, la division du travail est un phénomène social plus qu'économique. Durkheim distingue Les sociétés traditionnelles où se manifeste une solidarité mécanique car fondée sur la ressemblance entre les membres ; la conscience collective y est forte et la tradition produit les normes et détermine la culture du groupe ; les activités sociales sont peu diversifiées et donc peu spécialisées. Les sociétés modernes où la combinaison des phénomènes d'urbanisation, d'industrialisation et d'extension du salariat favorise la multiplication des activités sociales et des métiers le travail social » est donc fortement divisé. Les individus se libèrent de la pression du groupe et c'est désormais la loi qui régit la vie en société et non la coutume. La solidarité subsiste cependant, mais elle relève désormais davantage de la gestion ou de l'encadrement des interdépendances entre individus et groupes sociaux. Durkheim parle alors de solidarité organique ». La division sociale du travail se traduit par la répartition des rôles et des fonctions politiques, économiques, religieuses, sociales, etc. entre les membres de la société. Chacun est ainsi spécialisé dans une fonction, un rôle qui le rend complémentaire des autres et crée ainsi du lien social. La véritable fonction de la division du travail est de créer entre les personnes un sentiment de solidarité, de contribuer à l'intégration générale de la société et d'être un facteur essentiel de la cohésion sociale. L'intégration sociale peut se définir comme une situation ou un processus d'insertion au cours duquel un individu ou un groupe d'individus trouve sa place dans un même ensemble, ce qui aboutit à la formation d'un ensemble harmonieux. Le développement excessif de sa personnalité comme le font les esthètes comme Baudelaire, Brummel ou Oscar Wilde est plus dangereux qu'utile pour Durkheim et doit demeurer marginal. Certains poètes romantiques qui protestaient contre les débuts de la société industrielle se comportaient de façon égoïste. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-même limité par les autres exigences de notre nature. Nous avons des devoirs, certes, vis-à-vis des autres, mais ces devoirs ne sont pas infinis comme le veut par exemple Emmanuel Levinas, ils sont limités par les exigences de notre nature. L'homme est un animal comme les autres, bien qu'il soit aussi un animal social, il a des besoins manger, boire, dormir, se reproduire, s'abriter, se protéger. Parmi les exigences de la nature humaine, il y a notamment le droit de propriété. L'homme a naturellement besoin de posséder des biens et il en a le droit. "Il est nécessaire que certaines formes de la conduite soient soumise à une réglementation impérative, il y en d'autres qui y sont naturellement réfractaires" Autrement dit, nous sommes tenus de nous soumettre à la loi pour certaines actions formellement autorisés ou interdites, mais il existe des actions qui échappent à la loi, dans lesquelles le législateur n'a pas à intervenir. La morale ne peut pas réglementer les fonctions industrielles, commerciales et elle ne le doit pas. Elle n'a pas à interférer dans ce domaine non pas parce qu'il est indifférent, mais parce qu'au contraire, il est vital pour la société. Emile Durkheim soutient ici la liberté d'entreprendre. "Considérer la richesse comme immorale n'est pas moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence". On peut penser à la fable des abeilles de l'économiste Bernard Mandeville qui a d'ailleurs inventé l'expression "division du travail". La fable des abeilles est une fable politique de Bernard Mandeville, parue en 1714. Elle est bientôt devenue célèbre pour son attaque supposée des vertus chrétiennes. La signification réelle reste controversée jusqu’à aujourd’hui. Friedrich Hayek vit en lui un précurseur du libéralisme économique tandis que Keynes mit en avant la défense de l’utilité de la dépense. La Fable des abeilles, développe avec un talent satirique la thèse de l’utilité sociale de l’égoïsme. Il avance que toutes les lois sociales résultent de la volonté égoïste des faibles de se soutenir mutuellement en se protégeant des plus forts. Sa thèse principale est que les actions des hommes ne peuvent pas être séparées en actions nobles et en actions viles, et que les vices privés contribuent au bien public tandis que des actions altruistes peuvent en réalité lui nuire. L’Angleterre y est comparée à une ruche corrompue mais prospère et qui se plaint pourtant du manque de vertu. Jupiter leur ayant accordé ce qu’ils réclamaient, la conséquence est une perte rapide de prospérité, bien que la ruche nouvellement vertueuse ne s’en préoccupe pas, car le triomphe de la vertu coûte la vie à des milliers d’abeilles. Mandeville soutient qu'une société ne peut avoir en même temps morale et prospérité et que le vice, entendu en tant que recherche de son intérêt propre, est la condition de la prospérité. Emile Durkheim ne va pas si loin que Bernard Mandeville. Il ne dit pas que les vices privés profitent à la société, mais que la vraie morale consiste à lui être utile. On peut également rapprocher son point de vue de celui du sociologue Max Weber dans son ouvrage L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme 1904 et 1905. Weber démontre que l’esprit » du capitalisme est issu de motifs religieux. Les puritains se référent aux Evangiles et à l'apôtre Paul, pour affirmer que l’homme doit travailler pour assurer son salut. Dans cette logique, le travail est, selon la volonté de Dieu, une fin en soi de la vie humaine. Le travail et l'enrichissement est le signe que Dieu nous accorde sa grâce. Le travail et le bénéfice matériel qui en résulte constituent le but même de la vie, tel que Dieu l’a fixé. La répugnance au travail est le symptôme d’une absence de la grâce. Il peut y avoir des excès de la morale, par exemple une condamnation absolue des richesses qui est nuisible à la société tout entière. La morale est la première à souffrir des excès de la morale, parce que la morale consiste en un juste milieu entre deux extrêmes la condamnation des richesses et le fait de voir en elles le bien par excellence. La condamnation des richesses conduit à un ascétisme fanatique à la façon d'un Savonarole et le fait de voir en elles le bien par excellence à la la thésaurisation forcenée, à la manière de l'usurier Gobseck dans la Comédie Humaine de Balzac. La morale a pour objet immédiat de régler notre vie temporelle et non notre vie spirituelle chez Max Weber, les deux sont liés et ne peut pas nous en détourner sans tarir elle-même la matière à laquelle elle s'applique la morale ne concerne pas le royaume des fins ou les devoirs inconditionnels que nous aurions vis-à-vis de Dieu Emile Durkheim est agnostique ou de notre prochain, mais uniquement la vie terrestre, temporelle, sociale. Ce texte de Durkheim pose davantage de problèmes qu'il n'en résout. Pour Durkheim, la division du travail constitue la seule solution pacifique à la vie en commun dans les sociétés modernes industrialisées. Cependant, certaines formes de division du travail peuvent présenter des traits pathologiques et anormales Elles résultent d'une spécialisation de plus en plus grande des individus et de l'insuffisance de règles susceptibles d'assurer la régulation nécessaire à la cohésion sociale anomie. La division du travail ne produit donc pas automatiquement des relations pacifiques entre les membres de la société moderne, pas plus que "la main invisible du marché" ne régule tous les problèmes économiques et sociaux. La morale pour Durkheim consiste au fait d'accomplir son devoir au sein de la division sociale du travail et peu importe qu'on le fasse par pur respect de l'impératif catégorique ou par intérêt. Durant la crise du COVID, le personnel soignant, les caissiers et caissières de supermarché, les éboueurs, les enseignants, et tous ceux qui accompli leur devoir social, à leur place et selon leur vocation ont été des "héros" de la morale sociale parce qu'ils ont empêché la société de s'effondrer. Durkheim insiste sur le fait qu'il y a des "pathologies" qui s'opposent à la collaboration pacifique et harmonieuse au sein de la division du travail. On peut penser aujourd'hui aux inégalités sociales et aux disparités régionales, au chômage de masse, aux faillites, aux délocalisation, à l'accroissement de la pauvreté, à l'immigration incontrôlée, à tout ce qui a débouché sur la crise des gilets jaunes. Le chômage n'est pas une simple "variable d'ajustement", mais une véritable maladie sociale parce qu'il exclut toute une partie de la population de la division du travail social et donc de la moralité. Non pas que les chômeurs soient "immoraux" ou qu'il soit "immoral" d'être au chômage, mais parce le chômage interdit au chômeur d'être pleinement moral en exerçant une solidarité active avec les autres membres de la société au sein de la division sociale du travail. Selon Pascal Bailly, le développement de l'individualisme qui a accompagné la société moderne a privilégié les valeurs de liberté et de travail. La forte croissance économique des "Trente Glorieuses" relayé par la montée du salariat et de la protection sociale a permis une augmentation du niveau de vie pour un grand nombre d'individus. Les inégalités engendrées par le système étaient atténuées par des institutions comme l'Etat garantissant ainsi une forte cohésion sociale. Pourtant depuis les années 1970, on voit apparaître de nombreux dysfonctionnements le chômage de masse, la montée des inégalités, les disparités sociales et régionales qui remettent en cause l'efficacité du système. Comme le pressentait Durkheim, la solidarité organique de notre société moderne ne parvient pas à se mettre en place de manière suffisamment forte pour permettre un fonctionnement harmonieux de la société. Le lien social cède parfois la place à une exclusion aux conséquences humaines désastreuses..."
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Fiche de lecture sur le texte de Durkheim La Division Du Travail Social De la division du travail social » est une œuvre sociologique et même philosophique que Durkheim a rédigé dans le but de mieux saisir la méthode de formation de la société à partir de l’union des hommes. Elle traite du lien social dans le passage des sociétés traditionnelles à celles industrialisées. La division du travail se définie comme une séparation de l’exercice des activités de la société en vue d’une complémentarité et d’une dépendance réciproque. En d’autres termes, la division du travail est l’ensemble des lois qui vise l’application distincte des tâches en fonction de l’éducation différemment reçue. Cette différentiation doit limiter tout individualisme, tout égoïsme, toute indépendance pour promouvoir une interdépendance au sein d’une société. Pour Durkheim, la division du travail vise un arrangement entre l’autonomie de l’individu et l’adhérence sociale dans les différentes sociétés. C’est une sorte de corporation organisée, une institution publique dans laquelle il y a association malgré le fait que chacun travaille dans son domaine de spécialisation. Parlons de la fonction de la division du travail, elle permet de rendre les individus interdépendants et solidaires. Pour cela, l’auteur pense que la fonction de la division du travail est surtout morale et sociale. C’est dans la deuxième partie de son œuvre que Durkheim se questionne sur les causes de la division du travail. Pour lui, la densité de la morale est cro... collective c’est l’ensemble des valeurs morales partagée par les individus qui forme la solidarité mécanique. C’est l’ensemble des croyances et des sentiments communs , donc on constate qu’i l n’y a plus d’in dividualisme. Si un individu sort de cette conscience collective , les impératifs sociaux sont très forts. Toute transgression implique une sanction , o n est exclu de la société. Elle est basée sur la famille, la religion donc sur le groupe qui absorbe l’ind ividu, la personnalité collective est la seule qui existe et les fonctions sont homogènes. La transgression est un crime puni par exclusion de la partie, du clan… elle est émotive, elle ne veut pas corriger une faute mais juste pour satisfaire la conscienc e collective . Donc on remarque que l ’individu ne pense pas mais subit. Alors que l a solidarité organique concerne les sociétés constituées non pas par des segments similaire et homogène mais par des organes différents qui ont chacun un rôle spécial . Cela remet en question les repères qui pousse l’individu a créé ses propres moraux et valeur s. L’activité du groupe dépend de l’activée social et non plus du clan et de la famille , c e n’est plus le lieu natal mais c’est la société qui développe l’individua lisme. Ceci se développe grâce à la division du travail spécialisé , c haque individu a une activité sociale, une fonction, les liens ne sont plus consanguins mais fonctionnelles. Les fonctions sont différentes et l es individus ne sont plus interchangeables , on a des organes spécifiques. On a le droit coopératif c’est -à-dire, le droit rend justice à la victime , la sanction ne punie plus mais rend justice. Le droit se divise en fonction aussi. Ce sont les sociétés modernes. Comment passe ton de la solidari té mécanique a organique ? Le clan devient village, qui devient district à l’arrondissement qui forme donc la société. La solidarité mécanique existe toujours mais elle n’est plus dominante. La communication joue un rôle important. On se spécialise pour p ouvoir vivre dans des conditions nouvelles d’où la division de travail. Les individus passent d’une société à une autre, pourquoi ? Les profits économiques sont relatifs, le bonheur aussi. Il y a d’autre s facteur s qui explique ces changements Volume de l a société, facteurs démographique , la densité matérielle, résulte de l’accroissement démographique , les dynamiques morales, intensité de la communication . Il faut avoir un espace restreint et urbain , une densité matériell e, ainsi qu’u ne augmentation des relations, des échanges et de la communication entre les individus. Cela stimule la compétition et la coopération , et l a lutte pour la vie se développ e d’après Durkheim , dont chaque individu a une place et une fonction. Cela permet la diff érenciation sociale. Les individus faibles ou fort, on t des places d éjà prévu dans la société. Durkheim appelle au passage entre les deux sociétés. Dans la société organique, le problème est qu’après la dilution de la conscience collective qu’est ce qui va permettre à des sociétés d’être maintenu ? Selon Durkheim, la société f orme et transforme l’individu, le maintien de valeur commune. La société fait et crée, elle socialise l’individu sans prendre en compte l’individu en tant qu’être rationnelle. Les sociétés modernes ne connaissent pas toute la division du travail. Pour co nclure, qu’est ce qui permet d’avoir une certaine cohésion ? Il parle de solidarité créée par les sociétés primaires vers un passage à des sociétés à solidarité organique. Les individus perdent leur lien originel vers une conscience différente. C’est un pr ocessus lent qui se construit petit à petit, c’est une théorie évolutionniste. La division du travail varie selon la densité des sociétés. Il y a donc des conditions communicationnel, climatique… les facteurs externe s sont important s, mais les facteurs int ernes jouent un rôle aussi très important étant la lutte pour la vie. Tout le monde trouve une place dans la société , c ’est vivre selon de nouvelle s condition s de vie qui nous sont faite s. Il décrit donc la création des sociétés à travers la division du tr avail. Ce sont des types idéaux donc difficilement applicable s. Mais c ela n’existe pas à l’état pur , les sociétés sont libres d’innover et créé de nouvelle conscience de classe et de groupe.. »
Sujetcorrigé de l'épreuve du BAC ES 2010 de Philosophie. Explication d'un texte de Durkheim, l'Education morale. Expliquez le texte suivant. La morale de notre temps est fixée dans ses lignes essentielles, au moment où nous naissons ; les changements qu’elle subit au cours d’une existence individuelle, ceux, par conséquent, auxquels chacun de nous peut participer sont
Commentaire de texte Emile DURKHEIM 18581917, De la division Commentaire de texte Emile DURKHEIM 1858­1917, De la division du travail social Si l'intérêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu'un lien extérieur. Dans le fait de l'échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres et, l'opération terminée, chacun se retrouve et se reprend1 tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contact ; ni elles ne se pénètrent, ni elles n'adhèrent fortement les unes aux autres. Si même on regarde au fond des choses, on verra que toute harmonie d'intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné. Car, là où l'intérêt règne seul, comme rien ne vient réfréner les égoïsmes en présence, chaque moi se trouve vis­à­vis de l'autre sur le pied de guerre et toute trêve à cet éternel antagonisme2 ne saurait être de longue durée. L'intérêt est en effet ce qu'il y a de moins constant au monde. Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu'à des rapprochements passagers et à des associations d'un jour. » 1 Se reprend retrouve sa liberté 2 Antagonisme forte contradiction 1. Quelle est l'idée générale du texte et quelles sont les étapes de l'argumentation ? RAPPEL DE METHODE pour répondre à cette première question, commencez toujours par exposer et explorer en détail la structure du texte Ex Le texte de Durkheim semble se diviser en trois parties bien distinctes... ». On présentera alors le détail du texte de façon suffisamment complète pour que le lecteur non averti puisse comprendre le contenu et l'enchaînement des analyses. A la suite de cette présentation compréhensive, on peut aller une dernière fois à la ligne et rédiger le dernier paragraphe sous la forme L'idée générale qui se dégage de ce texte semble donc, etc. » Ainsi cette réponse » à la question posée se présente­t­elle sous une forme argumentée, l'idée principale se déduisant d'une première étude ordonnée du texte. Rappelons également que les questions suivantes indiquent souvent la structure du texte, en invitant à expliquer les formules les plus marquantes, celles autour desquelles, souvent, s'organisent les parties. Une première partie s'organise autour de l'affirmation du caractère 1 éphémère pour quelques instants » ; l'opération terminée, chacun se retrouve et se reprend » et 2 superficiel un lien extérieur »... les consciences ne sont que superficiellement en contact... » de l'échange, ou plutôt du lien que l'échange établit, lorsque cet échange a pour mobile essentiel l'intérêt. La deuxième partie s'ouvre sur si on regarde au fond des choses ». La thèse est toute harmonie d'intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné ». Le car » introduit un argument qui justifie cette thèse. C'est sans doute la partie la plus difficile à expliquer, car Durkheim y affirme que le règne de l'intérêt est équivalent à un état de guerre, éternel antagonisme » où n'alternent que les conflits et les trêves de courte durée. On peut considérer comme une troisième partie ce qui commence à la puisque Durkheim y établit le lien entre cette analyse de l'intérêt et le diagnostic » de la première partie. Il insiste sur l'inconstance de l'intérêt, qui prend tour à tour la forme de la lutte ou de l'accord, ce qui explique elle­même le caractère passager » des rapprochements évoqués au début. 2. Pourquoi peut­on dire que dans un échange les consciences ne sont que superficiellement en contact » ? On peut d'abord remarquer que le texte ne dit pas que dans un échange », les consciences, etc. Cela est vrai dans un échange dirigé par l'intérêt. Il faudrait alors réfléchir sur les conditions d'un véritable échange, celui dans lequel les consciences ne sont pas superficiellement » en contact, et se demander dans quelle mesure on peut penser que le désintéressement en est la condition nécessaire. 3. Expliquez Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. » Il faut repérer l'importance de cette phrase dans le texte. Ce que dit Durkheim, c'est que c'est une seule et même raison qui produit l'affrontement et la trêve. Il n'y a donc ni réel désir d'affrontement, ni réel désir de paix. 4. Le lien social ne peut­il reposer que sur l'intérêt ? Introduction A la lecture de ce texte, il semble qu'on pourrait considérer que si le lien social reposait sur le seul intérêt, il serait superficiel, et consisterait essentiellement en un jeu complexe d'antagonismes. Alain parlait ainsi de la solitude des êtres que la société accomplit » Libres Propos, 1927. Serait­il éphémère » ? Pas nécessairement. La trêve utile se transmet sans cesse de personne à personne, et on peut penser un équilibre perpétuel des antagonismes, qui ne rendrait pas les crises surprenantes, mais n'impliquerait pas l'état de guerre permanent entre tous. En revanche ce lien serait superficiel. On peut alors s'interroger sur ce qui rend le lien social plus essentiel », comme d'ailleurs sur ce qu'on entend par lien social ». Essai de rédaction 1. Quelle est l'idée générale du texte et quelles sont les étapes de l'argumentation ? Le texte de Durkheim semble s'organiser en trois parties nettement délimitées. Dans la première ll. 1 à 7, Durkheim analyse le lien créé par un échange qui n'obéirait qu'à l'intérêt. Il relève le caractère éphémère et superficiel de ce lien éphémère, car ce n'est jamais que pour quelques instants » et que l'opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier ». Superficiel, parce que les divers agents restent en dehors les uns des autres ». L'échange ne crée alors qu'un lien extérieur », dans lequel les consciences ne sont que superficiellement en contact ». La fin de cette première partie ajoute l'idée de fragilité d'un tel lien car les consciences ni ... ne se pénètrent, ni ... n'adhèrent fortement les unes aux autres ». Fugacité, superficialité et fragilité seraient donc les trois caractères du lien entre les hommes que l'échange guidé par l'intérêt peut établir entre les hommes. La seconde partie se présente comme plus fondamentale si on regarde au fond des choses ». C'est une analyse de l'harmonie d'intérêts » ou d'un monde où l'intérêt règnerait seul. L'idée semble être que le règne du seul intérêt est le règne de l'antagonisme ». Durkheim appelle ainsi un état de guerre » qui ne prend pas nécessairement la forme de l'affrontement, mais constitue la négation de la paix ou de la concorde. Dans un état de guerre, on s'affronte ou on ménage des trêves, mais la trêve même continue la logique de guerre et d'affrontement. La troisième partie revient sur le diagnostic initial en l'éclairant par cette analyse de l'intérêt. C'est parce que la recherche de l'intérêt peut revêtir indifféremment la forme de la trêve ou de l'affrontement que les rapprochements » qu'il suscite sont éphémères. Durkheim a insisté sur le fait que la forme la plus fréquente de la poursuite des intérêts était précisément l'affrontement. Ce sera donc celle qui l'emportera le plus souvent. L'idée générale du texte consiste donc à affirmer que lorsque l'intérêt tisse un lien entre les hommes, ce lien est par nature éphémère, superficiel et fragile, l'essentiel en chacun étant de continuer à poursuivre son intérêt propre, intérêt qui se définit fondamentalement contre la poursuite de son intérêt par chacun des autres. Autrement dit, le règne de l'intérêt, s'il ne se traduit pas par un affrontement permanent, constitue néanmoins un état de guerre permanent, ou un éternel antagonisme » qui ne laisse espérer que de fragiles périodes d'accalmie. 2. Pourquoi peut­on dire que dans un échange les consciences ne sont que superficiellement en contact » ? On peut d'abord remarquer que le texte ne dit pas que dans un échange », les consciences ne sont que superficiellement en contact. Cela n'est vrai que de l'échange dirigé par l'intérêt. Dans un tel échange, l'autre n'a de valeur pour moi qu'à raison de l'intérêt que j'espère trouver dans la transaction. Je ne m'intéresse en lui qu'à ce qu'il a d'utile pour moi. Rien ne m'interdit de lui prêter attention par ailleurs, mais ce sera alors indépendamment de l'intérêt que je trouve à l'échange. Encore le sens du mot échange » semble­t­il réduit ici. Dans un dialogue, il peut y avoir une part d'intérêt, et un danger de passer à côté » de l'autre, mais il peut y avoir aussi un contact » plus profond des consciences, et cela peut même être le but de l'échange. On peut même dire qu'il n'y a véritablement échange », en un sens, que si les consciences cessent d'être en contact superficiel ». Echange ne signifierait plus alors transaction », comme c'est peut­être le cas dans le texte. Il faudrait alors réfléchir sur les conditions d'un véritable échange, celui dans lequel les consciences ne sont pas superficiellement » en contact, et se demander dans quelle mesure on peut penser que le désintéressement en est la condition nécessaire. 3. Expliquez Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. » Cette phrase prend place vers la fin du texte. L'important semble être l'expression la même raison ». ce qui est important c'est que trêves et affrontements ont une cause unique, et que cette cause unique la poursuite de l'intérêt engendre plutôt l'affrontement que la trêve. La politique, disait Clausewitz, c'est la continuation de la guerre par d'autres moyens. Il n'y a donc ni réel désir d'affrontement, ni réel désir de paix, mais la guerre l'emportera toujours, ou plutôt nous serons toujours dans une logique de guerre, où les alliances n'ont pas même la parole donnée pour garantie. On ne peut dénoncer un retournement d'alliance si on a conscience d'avoir conclu cette alliance par intérêt. Si l'intérêt change, je ne suis plus tenu à rien, et l'autre non plus envers moi. Au fond c'est un monde dans lequel personne n'est tenu à rien envers personne, et dans lequel personne n'a de valeur pour personne en tant que tel, mais uniquement au regard de l'intérêt que l'autre trouve à me respecter. HomePage Explication De Texte émile Durkheim De La Division Du Travail Social. Explication De Texte émile Durkheim De La Division Du Travail Social Page 27 sur 32 - Environ 311 essais Les choix stratégiques effectués par Electrolux 52718 mots | 211 pages demeure théorique, mais se veut suffisamment précise pour répondre à la plupart des
Plan Texte Notes Citation Auteur Texte intégral 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociétés modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt... Durkheim n’est visiblement pas à l’aise dans cette partie finale de son livre [le Livre III de La division du travail social], très courte par rapport aux deux précédentes et aussi bien moins élaborée […]. De là, sans doute, un certain manque de clarté dans la construction de cette dernière partie du livre et même dans l’identification des pathologies de la société moderne. »1 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adapté de Charles-Henry Cuin, Durkheim et l’inégali ... 1Une question centrale de la sociologie durkheimienne est celle des conditions de l’ordre et de l’intégration dans un type de société caractérisé, d’une part, par un système de valeurs démocratique et, d’autre part, par la croissance de l’inégalité sociale sous l’effet du progrès inéluctable de la division du travail. Dans ses ouvrages de jeunesse, Durkheim croit trouver une réponse satisfaisante dans ce poncif classique de l’idéologie démocratique qu’est l’égalité des chances. Pourtant, au lieu de chercher à approfondir les conditions de réalisation de ce qu’il nomme lui-même l’ absolue égalité dans les conditions extérieures de la lutte », il va préférer s’orienter vers une analyse des conditions non plus socio-économiques mais socio-culturelles de l’acceptation de l’ordre social par les acteurs. En témoigne la place centrale accordée à l’éducation et, plus largement, à la socialisation dans les œuvres de maturité2. I. L’égalité des chances contre l’égalité des conditions 3 Émile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il s’agit du chapitre II du ... 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 2Durkheim n’est pas, à l’évidence, un sociologue de la stratification sociale. Dans La division du travail social, le thème de l’inégalité sociale occupe cependant une place privilégiée dans le traitement d’une de ses problématiques centrales – celle de la réalisation et du maintien de l’ordre social. Les guerres de classes » et autres conflits sociaux qui agitent les sociétés industrielles n’y sont pas seulement interprétés comme une conséquence de l’anomie chronique qui y règne, mais aussi comme un effet du caractère contraint » de la division du travail3. Par là, il faut entendre que le processus de la distribution des individus dans la structure des positions sociales ne respecte pas, ou pas assez, ni les capacités propres des intéressés leurs aptitudes et compétences ni leurs désirs leurs goûts et aspirations. Une telle harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales »4 serait en effet une condition nécessaire pour que la satisfaction que chacun trouve dans l’accomplissement de son rôle social – et donc de la place qu’il occupe dans la société – l’empêche d’en désirer un autre et de mettre ainsi en cause l’ordre social établi Sans doute ne sommes-nous pas, dès notre naissance, prédestinés à tel emploi social; nous avons cependant des goûts et des aptitudes qui limitent notre choix. S’il n’en est pas tenu compte, s’ils sont sans cesse froissés par nos occupations quotidiennes, nous souffrons et nous cherchons un moyen de mettre un terme à nos souffrances. Or, il n’en est pas d’autre que de changer l’ordre établi et d’en refaire un nouveau. »5 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, L’Anomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depu ... 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 3Durkheim est ainsi conduit à opposer à une forme contrainte » de la division du travail en fait du processus de la distribution des individus dans la structure sociale une forme spontanée » qui peut seule produire la solidarité sociale et prévenir les conflits sociaux. Cette spontanéité, précise-t-il, suppose non seulement que les individus ne sont pas relégués par la force dans des fonctions déterminées, mais encore qu’aucun obstacle, de nature quelconque, ne les empêche d’occuper dans les cadres sociaux la place qui est en rapport avec leurs facultés »6. Autant, dans le domaine des relations et des rapports sociaux, la société réclame une réglementation sans laquelle elle est menacée d’anomie7, autant le processus de la distribution sociale doit demeurer exempt de toute contrainte. Alors que, quelques pages plus tôt, Durkheim se faisait le chantre d’une réglementation suffisamment développée qui détermine les rapports mutuels des fonctions »8, il estime que c’est la plus totale liberté qui doit régir l’accès à ces fonctions et que rien ne doit gêner les initiatives des individus »9. Une fois la société organisée selon des règles propres à assurer l’harmonie des rapports sociaux nés de la division du travail, les destins individuels peuvent – et doivent – se déployer librement dans un espace social désormais contrôlé. La manière durkheimienne de résoudre l’antithèse classique entre individu et société est ici parfaitement balancée au premier est due la liberté de se mouvoir dans une structure sociale convenablement organisée et d’y réaliser ses aptitudes et ses goûts, à la seconde revient l’obligation d’assurer la coordination et la complémentarité des fonctions sociales et de déterminer non pas qui doit les occuper mais comment elles doivent être remplies. La solution retenue est donc à mi-chemin entre collectivisme et individualisme. Elle propose le modèle d’un individu libre dans une société forte, pour le plus grand profit des deux c’est ce que Durkheim appelle le socialisme ». À cette condition, en effet, l’harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ne peut manquer de se produire, du moins dans la moyenne des cas. Car, si rien n’entrave ou ne favorise indûment les concurrents qui se disputent les tâches, il est inévitable que ceux-là seuls qui sont les plus aptes à chaque genre d’activité y parviennent […]. Ainsi se réalise de soi-même l’harmonie entre la constitution de chaque individu et sa condition. »10 11 Émile Durkheim, La Science sociale et l’action, Textes réunis et présentés par Jean-Claude Filloux, ... 4Mais en quoi une telle procédure de distribution sociale, si visiblement favorable à la collectivité, l’est-elle également à l’individu ? La réponse de Durkheim est, ici, aussi lapidaire que péremptoire Normalement, l’homme trouve le bonheur à accomplir sa nature; ses besoins sont en rapport avec ses moyens ». Entendons par là que, si les mérites individuels sont justement récompensés, les besoins sont satisfaits du même coup puisque les besoins correspondent aux moyens qui ont permis de réaliser les accomplissements que la société égalitaire sait reconnaître et récompenser. Bref, comme l’exprime élégamment Filloux, On a les besoins que l’on mérite ! »11 12 Au même moment, dans la première tradition sociologique nord-américaine, ces deux options opposées ... 13 Émile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 5La problématique durkheimienne est donc claire comment faire en sorte que s’établisse cette harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales » jugée nécessaire à la satisfaction des individus et, par effet, à l’intégration de la société ? En théorie, deux solutions distinctes se présentent. La première est celle d’un libéralisme social absolu laissant libre cours à la concurrence dans laquelle les individus s’engagent pour la conquête des différentes positions sociales. La seconde est, à l’inverse, celle d’un interventionnisme tout aussi absolu garantissant que la distribution sociale s’effectue de telle manière que les différentes positions sociales soient allouées aux individus les plus aptes à les occuper12. Le dilemme est classique réussissent soit les plus forts soit les plus aptes. On ne saurait mieux qualifier la solution durkheimienne de ce dilemme que de sociale-démocrate ». Cette solution est en effet celle de l’égalité des chances que Durkheim, en termes fleurant leur néo-darwinisme, définit comme une absolue égalité dans les conditions extérieures de la lutte »13. En d’autres termes, la salutaire compétition des individus les uns avec les autres dans la course pour l’accès aux positions sociales doit pouvoir se livrer sans qu’aucun des concurrents ne jouisse de quelque avantage que ce soit sur les autres. À ce compte, non seulement chacun est récompensé selon ses seuls mérites propres mais, encore et surtout, par la grâce du caractère démocratique du processus par lequel elle s’opère, le résultat de la distribution sociale se voit investi d’une forte légitimité. Non seulement l’égalité des chances permet de préserver et de rationaliser le caractère fonctionnel de l’inégalité des conditions, mais elle rend celle-ci légitime. Elle a donc un double mérite d’une part elle fait coïncider aptitudes et fonctions, d’autre part elle confère à l’ordre ainsi constitué une valeur non plus seulement fonctionnelle mais également morale ». 6Et c’est bien cette légitimité – plus que le bonheur à accomplir sa nature » ! – qui confère à l’égalité des chances son efficacité intégratrice. De fait, lorsqu’elle est réalisée dans un contexte de chances égales, l’inégalité des conditions se voit à la fois légitimée et valorisée légitimée car elle résulte alors de la mise en œuvre d’un idéal de justice en l’occurrence de justice distributive, valorisée car elle récompense les mérites des uns et sanctionne négativement l’absence de mérite des autres. 14 […] les progès de la division du travail impliquent […] une inégalité toujours croissante […] », ... 15 Ibid., p. 370. 7La démonstration durkheimienne semble donc avoir atteint son but. Ce n’est pas l’inégalité sociale en elle-même qui est tenue pour responsable des ruptures de la solidarité sociale et, partant, des conflits sociaux mais le fait que les inégalités sociales ne soient pas congruentes avec les inégalités naturelles ». L’inégalité est en effet inscrite, comme conséquence normale de la division du travail, dans la nature même des sociétés polysegmentaires14. Elle est traitée par Durkheim comme une donnée non problématique. Les classes sociales – les castes mêmes – sont des modes d’organisation de la division du travail qui sont parfaitement légitimes tant qu’ils demeurent fondé[s] dans la nature de la société », c’est-à-dire lorsque les règles de la distribution sociale ne font que structurer socialement les inégalités naturelles La contrainte ne commence que quand la réglementation, ne correspondant plus à la nature vraie des choses et, par suite, n’ayant plus de base dans les mœurs, ne se soutient que par la force »15. Non, la thèse durkheimienne est bien que ce n’est pas l’inégalité des conditions qui menace la solidarité organique mais bien les conditions dans lesquelles cette inégalité d’une part se constitue et, d’autre part, se maintient. Et l’égalité des chances est l’instrument par lequel peut se réaliser cette adéquation entre ce que les hommes sont naturellement » et ce qu’ils deviennent socialement ». 16 Ibid., pp. 371-372. 8On s’attendrait donc à ce que Durkheim développe et approfondisse une analyse des conditions de réalisation de cette providentielle égalité des chances. Celui-ci n’identifie pourtant comme seul et unique obstacle à cette réalisation que l’institution de l’héritage – plus précisément de l’héritage patrimonial […] alors même qu’il ne reste, pour ainsi dire, plus de trace de tous ces vestiges du passé, la transmission héréditaire de la richesse suffit à rendre très inégales les conditions extérieures dans laquelle la lutte s’engage »16. 17 Émile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 9Pourtant, plus on avance dans la lecture de La Division du travail social – ou même du Socialisme – et plus il devient clair que, sous l’expression d’ égalité dans les conditions extérieures de la lutte », il y a davantage que la seule notion d’égalité des chances dans l’accès aux positions sociales. Il faut en effet ajouter à la dimension distributive de ce principe de justice une dimension rétributive selon laquelle les différentes fonctions sociales ne doivent pas seulement être librement accessibles par chacun indépendamment de son origine sociale mais doivent en outre recevoir des gratifications matérielles et symboliques proportionnelles aux services rendus. Durkheim précise en effet que cette égalité dans les conditions extérieures de la lutte […] consiste non dans un état d’anarchie qui permettrait aux hommes de satisfaire librement toutes leurs tendances bonnes ou mauvaises, mais dans une organisation sociale où chaque valeur sociale, n’étant exagérée ni dans un sens ni dans l’autre par rien qui lui fût étranger, serait estimée à son juste prix »17. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 10Durkheim est infiniment plus disert sur les conditions de la réalisation de cette dernière exigence que sur celles de la précédente. Pour assurer l’égalité contractuelle des rapports sociaux, il faut en effet que les valeurs échangées par les individus des biens et des services les uns contre les autres soient équivalentes, c’est-à-dire que le prix de l’objet échangé soit en rapport avec la peine qu’il coûte et les services qu’il rend ». Si cette valeur n’est pas mathématiquement » calculable, la conscience publique » ou encore l’ opinion » possède un sentiment assez précis de cette valeur et est donc en mesure de juger sainement du degré d’équité de l’échange. Mais ce n’est heureusement pas tout la thèse durkheimienne est que, si le consentement des contractants est libre de toute pression extérieure s’ils sont placés dans des conditions extérieures égales »18, alors l’échange est équitable et les individus ne reçoivent qu’en fonction du coût réel de l’objet échangé. Si, au contraire, une classe de la société est obligée, pour vivre, de faire accepter à tous prix ses services, tandis que l’autre peut s’en passer grâce aux ressources dont elle dispose et qui pourtant ne sont pas nécessairement dues à quelque supériorité sociale, la seconde fait injustement la loi à la première. Autrement dit, il ne peut pas y avoir des riches et des pauvres de naissance sans qu’il n’y ait des contrats injustes »19. 11Ainsi, l’essentiel de l’analyse de l’analyse durkheimienne des causes de conflits sociaux tenant aux modalités selon lesquelles les mérites individuels sont à la fois reconnus par la manière dont le processus de la distribution sociale s’effectue et récompensés par le résultat de ce processus en termes de stratification sociale tient dans la dénonciation de la seule institution de l’héritage patrimonial, qui interdit l’égalité des chances et rend les rapports sociaux inéquitables. Le mérite de cette analyse n’est cependant pas mince, dans la mesure où elle parvient à dépasser l’aporie consubstantielle à toute idéologie de l’égalité des chances l’égalité des chances débouchant sur une inégalité des conditions qui, dans le même temps, en légitime le principe, il suffit de faire en sorte que les conditions d’arrivée d’une génération ne constituent les conditions de départ de la suivante. C’est ce que permettrait, en brisant le cercle vicieux de la reproduction socio-économique, la suppression de l’héritage patrimonial ! II. Les apories de la solution socio-économique et le choix de la solution socio-culturelle 20 Émile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, P ... 12Il est cependant douteux qu’il suffise de supprimer les inégalités économiques de naissance » pour supprimer du même coup les contrats injustes ». D’une part, il existe, à côté de la seule hérédité économique, bien d’autres hérédités – en particulier sociales et culturelles – susceptibles d’altérer la spontanéité » de la distribution sociale. D’autre part, les rapports sociaux ne sont pas affectés seulement par les situations économique de départ dans lesquelles se concluent les contrats mais aussi, et plus significativement encore, par les l’ensemble des inégalités plus ou moins acquises dont les individus sont affectés tout au long de leur carrière. Ce qui rend les contrats injustes », c’est l’inégalité même des contractants, et pas seulement celle qui résulte de la transmission héréditaire des biens. En outre, dans un cours sur la famille conjugale professé en 1892, Durkheim montrait déjà l’extrême difficulté qu’il y aurait à supprimer une institution jouant un rôle si efficace de stimulant pour le travail et pour la réussite individuelle20 ! 21 Raymond Boudon, L’Inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris ... 13Mais, la suppression de l’héritage assurerait-elle l’égalité des chances, il resterait que l’instauration de cette dernière est loin de constituer une solution efficace à la problématique durkheimienne du maintien de l’ordre social par la loyauté des acteurs. De fait, la distribution naturelle » des talents et des aspirations parmi les individus a bien peu de chances et, pour dire vrai, aucune de correspondre à celle des positions sociales définies par la division du travail. La raison en est fort simple la première de ces distributions est aléatoire tandis que la seconde est donnée » ! Dans ces conditions, comme R. Boudon l’a magistralement et définitivement montré dans ses travaux sur la mobilité sociale21, l’égalisation des chances peut fort bien n’avoir pas les effets méritocratiques attendus et, donc, les effets d’intégration par justice distributive interposée prévus par Durkheim. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives européennes de sociologie, 1963, IV ... 14Ainsi le bilan de la mise en œuvre durkheimienne de la problématique en termes d’ égalité des chances » apparaît bien précaire – tant au plan des conditions de son application pratique qu’à celui des effets qui en sont attendus. Aussi peut-on, avec un lecteur aussi attentif qu’A. Pizzorno, s’étonner de voir comment une pensée sociologique si pénétrante, après avoir recouru à ce concept d’égalité à un point fondamental et critique du système, oublie de se demander quelle en est la signification sociologique »22. Mais s’agissait-il vraiment d’un oubli ? 23 Émile Durkheim, Le Socialisme, sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne [1928], Pari ... 24 Émile Durkheim, Le Suicide. Étude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de l’a ... 15Quelques années plus tard, dans les dernières pages du Socialisme, Durkheim allait en effet apporter une réponse bien différente de la précédente à la question agitée dans le chapitre sur La division du travail contrainte » Ce qu’il faut pour que l’ordre social règne, c’est que la généralité des hommes se contentent de leur sort; mais ce qu’il faut pour qu’ils s’en contentent, ce n’est pas qu’ils aient plus ou moins, c’est qu’ils soient convaincus qu’ils n’ont pas le droit d’avoir plus. […] S’il ne sent pas au-dessus de lui une force qu’il respecte et qui l’arrête, qui lui dise avec autorité que la récompense qui lui est due est atteinte, il est inévitable [que l’individu] réclame comme lui étant dû tout ce qu’exigent ses besoins et, comme dans l’hypothèse ces besoins sont sans frein, leurs exigences sont nécessairement sans bornes »23. Le changement de ton est radical. Ici, les besoins » de l’individus ne sont plus naturellement en rapport avec ses moyens »; ils sont au contraire, comme décrits dans Le Suicide, infiniment extensibles et, de ce fait, insatiables aussi longtemps que l’intériorisation de normes sociales adaptées ne parvient à les réguler et, donc, à créer la possibilité de leur satisfaction24. Comme on peut s’en convaincre par la lecture des textes ultérieurs sur l’éducation, Durkheim vient de marquer qu’il abandonne la solution socio-économique de la question de l’ordre social au bénéfice d’une solution socio-culturelle. 25 Émile Durkheim, Éducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 16De fait, contrairement à toute attente, la conception durkheimienne de l’éducation ne fait pas de l’institution scolaire un instrument d’égalisation des chances permettant la réalisation d’une distribution sociale méritocratique. Le rôle de l’école est d’abord de répondre à une demande structurelle déterminée en amont du processus éducatif par l’état de la division du travail et, dans ce but, d’y conformer les individus qui lui sont confiés. Elle cherche moins à sanctionner les mérites individuels qu’à produire des individus adaptés aux besoins collectifs, c’est-à-dire à la demande sociale. À cet égard, les propos de Durkheim sont sans ambiguïté Bien loin que l’éducation ait pour objet unique ou principal l’individu et ses intérêts, elle est avant tout le moyen par lequel la société renouvelle perpétuellement les conditions de sa propre existence »25. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. V ... 27 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 41 c’est nous qui soulignons. 17On est donc bien loin de la thèse selon laquelle la seule évaluation des mérites individuels dans une situation d’égalité des chances permettrait de réaliser l’harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ». Ici, plus un mot sur l’égalité des chances l’École, qui a pour fonction première comme Sorokin le soulignera plus tard26 de distribuer dans les différentes positions sociales des individus aux caractéristiques appropriées, a donc essentiellement pour charge de leur donner les compétences nécessaires à leur efficacité dans leurs fonctions respectives – bref, à susciter et […] développer chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné »27. Évidemment, rien n’est dit des raisons pour lesquelles un individu donné serait destiné » à embrasser telle carrière plutôt que telle autre ! Il ne peut plus, en effet, s’agir de goûts ou autres aptitudes innés depuis Le Suicide, le lecteur de Durkheim sait qu’il n’y a d’autre nature humaine » que celle que la société, par la socialisation, crée de toutes pièces en nous. 18Dans cette perspective, il devient alors évident que l’égalité des chances n’a plus grand rôle à jouer. L’essentiel étant de placer les individus convenables là où la société réclame qu’ils soient placés, c’est cette demande » qui doit être satisfaite en priorité – et quelles que soient a priori les exigences de l’offre individuelle. 28 Ce thème, on le sait, occupe une place centrale dans les théories françaises de la reproduction s ... 29 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 90. 19Mais que devient alors l’impérieuse nécessité de faire en sorte que la généralité des hommes se contentent de leur sort » ? C’est là que l’institution éducative révèle le caractère providentiel de son action – en forme de véritable sociodicée »28. De fait, si le système éducatif joue un rôle fonctionnel d’induction susciter » et de développement des qualités individuelles diverses et variées que requièrent les fonctions créées par la division du travail, il joue aussi, et dans le même temps, un rôle moral de socialisation, d’adaptation et d’intégration de l’individu. S’il parvient à réaliser l’ harmonie » attendue entre ce que les individus sont moralement et ce qu’ils font socialement – entre aspirations et destins individuels –, ne devient-il pas alors assez indifférent que cette distribution sociale résulte d’une situation d’égalité des chances ? Le discours durkheimien est ici sans détour L’homme que l’éducation doit réaliser en nous, ce n’est pas l’homme tel que la nature l’a fait, mais tel que la société veut qu’il soit; et elle le veut tel que le réclame son économie intérieure »29. 20En dernière analyse, Durkheim semble donc avoir estimé que le scandale moral » que constitue l’inégalité des chances serait plus efficacement évité en préparant les individus à ce qu’ils seront et ce qu’ils seront reproduira sans doute ce qu’ils sont, c’est-à-dire leur origine sociale… qu’en leur permettant de devenir ce qu’ils ont la capacité, la volonté ou le goût d’être. Cela expliquerait en effet, d’une part, la précarité de la réflexion de notre auteur sur les conditions de l’égalisation des chances sociales et, d’autre part, l’accent mis par celui-ci sur le rôle essentiellement socialisateur et intégrateur de l’institution scolaire, au détriment de son rôle de promotion sociale des individus. 21La raison d’une telle évolution tient sans doute au fait que, dans cette œuvre de jeunesse qu’est La Division du travail social, le paradigme durkheimien n’est pas encore entièrement élaboré. Et ce sont ces incomplétudes qui, sans doute, ont conduit Durkheim à se fourvoyer dans des pistes de recherches dont il a dû constater trop tard qu’elles conduisaient à des impasses. Si la thèse selon laquelle les conflits sociaux ont leur source essentielle dans l’illégitimité de l’ordre social ce n’est pas la nature objective des rapports sociaux qui risque rompre le consensus mais le caractère défavorable de la perception qu’en ont les acteurs reste inchangée, Durkheim est rapidement passé d’une conception selon laquelle cette légitimité pouvait être obtenue par l’organisation démocratique du système social à une conception plus radicale pour laquelle le même résultat serait plus efficacement atteint par l’inculcation systématique et institutionnalisée de valeurs et de normes – bref, d’une solution socio-économique à une solution socio-culturelle. Haut de page Notes 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociétés modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt Éd., Division du travail et lien social. Durkheim un siècle après, Paris, 1993, pp. 197-198 passim. 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adapté de Charles-Henry Cuin, Durkheim et l’inégalité sociale les avatars et les leçons d’une entreprise », Recherches sociologiques, 223, 1991, pp. 17-32. 3 Émile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il s’agit du chapitre II du Livre III, intitulé La division du travail contrainte ». 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, L’Anomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depuis Durkheim, Paris, 1987. 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 11 Émile Durkheim, La Science sociale et l’action, Textes réunis et présentés par Jean-Claude Filloux, Paris, 1970, p. 24. 12 Au même moment, dans la première tradition sociologique nord-américaine, ces deux options opposées sont respectivement défendues par Sumner What Social Classes Owe to Each Other, New York, Harper Brothers, 1883 et par Ward La différenciation sociale et l’intégration sociale une utopie sociologique, Paris, 1903. Voir Charles-Henry Cuin, Les Sociologues et la mobilité sociale, Paris, 1993. 13 Émile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 14 […] les progès de la division du travail impliquent […] une inégalité toujours croissante […] », Ibid., p. 371. 15 Ibid., p. 370. 16 Ibid., pp. 371-372. 17 Émile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 20 Émile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, Paris, Minuit, 1975, p. 47. 21 Raymond Boudon, L’Inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris, A. Colin, 1973. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives européennes de sociologie, 1963, IV, pp. 1-36. 23 Émile Durkheim, Le Socialisme, sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne [1928], Paris, 1971, p. 227. 24 Émile Durkheim, Le Suicide. Étude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de l’analyse durkheimienne, voir Cuin, Durkheim et la mobilité sociale », Revue française de sociologie, 1987, XXVIII, 1, pp. 43-65. 25 Émile Durkheim, Éducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. Voir également Charles-Henry Cuin, Sorokin et le Social Mobility’ de 1927 naissance et mise en œuvre d’une problématique sociologique », L’année sociologique, 38, 1988, p. 275-308. 27 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 41 c’est nous qui soulignons. 28 Ce thème, on le sait, occupe une place centrale dans les théories françaises de la reproduction sociale » Voir Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction; éléments pour une théorie du système d’enseignement, Paris, Ed. de Minuit, 1970 et Christian Baudelot et Roger Establet, L’École capitaliste en France, Paris, Maspero, 1971. 29 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. de page Pour citer cet article Référence papier Charles-Henry Cuin, Division du travail, inégalités sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de l’analyse durkheimienne », Revue européenne des sciences sociales, XLII-129 2004, 95-103. Référence électronique Charles-Henry Cuin, Division du travail, inégalités sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de l’analyse durkheimienne », Revue européenne des sciences sociales [En ligne], XLII-129 2004, mis en ligne le 05 novembre 2009, consulté le 24 août 2022. URL ; DOI de page Auteur Charles-Henry Cuin Université Victor Segalen – Bordeaux Articles du même auteur Paru dans Revue européenne des sciences sociales, 49-2 2011 Paru dans Revue européenne des sciences sociales, XXXIX-120 2001 Paru dans Revue européenne des sciences sociales, XL-124 2002 Haut de page Droits d’auteur Tous droits réservésHaut de page
Ledocument : "EMILE DURKHEIM : DE LA DIVISION DU TRAVAIL SOCIAL (Résumé & Analyse)" compte 0 mots.Pour le télécharger en entier, envoyez-nous l’un de vos travaux scolaires grâce à notre système gratuit d’échange de ressources numériques ou achetez-le pour la somme symbolique d’un euro. Texte Citation Auteur Texte intégral 1 . Archiv für systematische Philosophie 2, 1896, pp. 497‑499 ; repris in F. Tönnies, Soziologische S ... 1Pour de plus amples informations sur le contenu de ce livre, voir les indications fournies par Gustav Schmoller Schmoller’s Jachbuch, XIII, p. 286 sq., et Paul Barth Vierteljahrsschrift f. wiss. Philosophie, 1895, p. 101 sq..1 2Il y a quelques années, Monsieur Durkheim a écrit en faisant référence à mes théories Revue Philosophique, XXVII, p. 421 Comme l’auteur, je crois qu’il y a deux grandes espèces de sociétés et les mots dont il se sert pour les désigner en indiquent assez bien la nature il est regrettable qu’ils soient intraduisibles. Comme lui j’admets que la Gemeinschaft est le fait premier et la Gesellschaft la fin dérivée. Enfin j’accepte dans ses lignes générales l’analyse et la description qu’il nous fait de la Gemeinschaft. » En outre, Durkheim objecte à mon concept – pas très bien compris – de Gesellschaft Est-il d’ailleurs vraisemblable que l’évolution d’un même être, la société, commence par être organique pour aboutir ensuite à un pur mécanisme ? Il y a entre ces deux manières d’être une telle solution de continuité qu’on ne conçoit pas comment elles pourraient faire partie d’un même développement. » Quelle ne fut donc pas ma surprise de trouver dans ce livre une distinction entre solidarité » primitive et solidarité » dérivée, la première reposant sur la similarité des modes de penser ou sur des idées et tendances communes p. 138, l’autre sur les différences entre les individus et par conséquent sur la division du travail ; et il est encore plus surprenant de constater que la première est dite mécanique » parce que les individus qui le composent sont censés se comporter comme des molécules dans un corps inorganique, et l’autre organique » , en raison de l’individualisation marquée des parties, à la manière des organes chez les animaux les plus développés p. 140. Barth fait remarquer sur ce point op. cit., p. 105 que la relation que j’établis va dans le sens inverse, que je tiens les organisations primitives pour des organismes, et les formes ultérieures les plus développées pour des mécanismes, mais là encore, je ne peux pas entièrement souscrire à cette présentation. Je faisais référence aux relations positives qu’il était possible d’établir entre les hommes, et du même coup aux relations que les individus entretenaient à l’unité sociale. Mes types sont les suivants l’unité est perçue et pensée comme une fin, c’est-à-dire comme un tout naturel ; ou elle est perçue et pensée comme un moyen pour des fins particulières et par conséquent comme quelque chose de construit, comme un instrument. Je comprends ces deux types d’organisation dans un sens entièrement différent de celui développé par Durkheim, Barth et tous les autres sociologues de ma connaissance. Je les comprends en premier lieu d’après leur esse objectivum pour employer une ancienne formule et je décris la progressive rationalisation et externalisation des relations qui dérivent de cet esse objectivum et qui trouvent leur apogée dans les concepts de société universelle ou d’État universel. La position que je défends est essentiellement différente de la théorie qui pense comme organique » le esse formale de la société ou de la Gesellschaft. Je n’ai jamais douté que les relations réciproques existant au sein d’une économie développée puissent se laisser comparer aux relations réciproques qui s’établissent dans un organisme. Ma propre conceptualisation n’exclut en aucune façon le fait qu’une corporation ou que des individus qui ont quelque pouvoir ou qui sont d’une autre manière actifs aussi bien dans une grande nation que une communauté villageoise ou urbaine puissent se comporter par rapport à la totalité où ils s’inscrivent comme les organes par rapport à l’organisme où ils se trouvent. Mais je ne trouve pas très instructive la manière dont Monsieur Durkheim présente les types sociaux et leurs relations. Il procède de manière scolastique en ce qui concerne la division du travail et en manquant de l’analyse critique dont il se vante dans ses livres. Du reste, je me suis exprimé à diverses reprises sur le côté négatif de toute cette évolution dont Durkheim ne tient pas compte. Le véritable objet de l’ouvrage de Durkheim, c’est la valeur morale de la division du travail ; il pense que l’opinion publique progresse de plus en plus jusqu’au point de considérer la division du travail comme un devoir moral ; et que la division du travail, relevant d’une morale positive et établie, manifeste ainsi sa véritable naturelle valeur morale ; l’auteur se défend contre le reproche qui pourrait lui être fait, selon lequel la division du travail amoindrit la personnalité. Toute la sociologie de Durkheim n’est qu’une modification de la sociologie de Spencer et je suis d’accord avec lui sur un certain nombre d’idées concernant la façon dont il critique Spencer, comme sur plusieurs autres considérations exposées dans le livre. Haut de page Notes 1 . Archiv für systematische Philosophie 2, 1896, pp. 497‑499 ; repris in F. Tönnies, Soziologische Studien und Kritiken, III, op. cit., pp. 215‑ de page Pour citer cet article Référence électronique Ferdinand Tönnies, Compte rendu d’Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, 1893 traduction par Sylvie Mesure », Sociologie [En ligne], N°2, vol. 4 2013, mis en ligne le 25 septembre 2013, consulté le 24 août 2022. URL de page Droits d’auteur © tous droits réservésHaut de page . 46 44 121 87 408 331 189 386

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